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ACANTARI

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Lou plesi de canta n'en Prouvençau


La créche parlante du musée du vieil-Aix

Publié par Chorale ACANTARI sur 9 Décembre 2012, 08:12am

Quand vous montez la rue Jacques de Laroque, vous passez devant le musée du vieil-Aix.

A l'intérieur de ce musée, la crèche parlante est chère à mon coeur, car ma grand-mère y a chanté, il ya déjà deux siècles, de 1892 à 1897.

Je vous propose donc d'en savoir un peu plus sur cette crèche particulière qui précéda nos crèches familiales.

André

Marionnette de la crèche parlante d'Aix. Le Tambourinaire est doté de nombreuses articulations : tête, bras, deux doigts de la main gauche pour jouer du galoubet, la main droite, grâce à un ressort actionne la massette sur le tambourin. L'ensemble de la crèche parlante du musée du Vieil Aix regroupe le fonds de huit crèches parlantes provençales qui se sont succédé tout au long du XIXe siècle et qui constituaient un spectacle populaire et recherché durant la période calendale. Des manipulations dissimulées sous la scène du "castellet" actionnaient les marionnettes par un jeu subtil de fils et de glissières et assuraient les dialogues (mi- français, mi- provençal). Le scénario reproduisant le mystère de la nativité et de ses légendes se déroulait dans une suite de vingt tableaux à transformation de décor.

Marionnette de la crèche parlante d'Aix. Le Tambourinaire est doté de nombreuses articulations : tête, bras, deux doigts de la main gauche pour jouer du galoubet, la main droite, grâce à un ressort actionne la massette sur le tambourin. L'ensemble de la crèche parlante du musée du Vieil Aix regroupe le fonds de huit crèches parlantes provençales qui se sont succédé tout au long du XIXe siècle et qui constituaient un spectacle populaire et recherché durant la période calendale. Des manipulations dissimulées sous la scène du "castellet" actionnaient les marionnettes par un jeu subtil de fils et de glissières et assuraient les dialogues (mi- français, mi- provençal). Le scénario reproduisant le mystère de la nativité et de ses légendes se déroulait dans une suite de vingt tableaux à transformation de décor.

LES MARIONNETTES PROVENÇALES A GLISSIERES DE LA CRECHE

       Dans les crèches publiques, en Provence, qui produisaient quelques modestes ressources à leurs humbles promoteurs, le passage semble s'être fait lentement et imperceptiblement, entre la statue, l'automate (même si son mécanisme est animé par l'homme) et la marionnette manipulée à proprement parler. Le Journal de Provence, entre 1786 et 1791 laisse, à travers ses articles, imaginer une évolution et des perfectionnements dans le sens d'une plus grande mobilité. Les marionnettes peu manipulées, à peine "actionnées" se contentaient de chanter des Noëls provençaux, le jeu dramatique pourvu de dialogues leur fera prendre la dimension de personnages rendus vivants par leur manipulateur.

Des marionnettes manipulées par en dessous

        La crèche trouve naturellement, lorsqu'elle devient oeuvre dramatique interprétée par des marionnettes, le type de manipulation qui correspond le mieux à ses origines et son évolution progressive. Elle reste posée sur un socle, manipulée par en dessous, supports et manipulateurs restant cachés. Les mouvements sont communiqués par des mécanismes qui conservent leur relation avec la "statue animée" et l'automate.

          Une indication du "Journal de Provence" d'avant 1792 leur donne une taille de trois pieds  (près d'un mètre). Ce témoignage semble indiquer des poupées plus grandes que celles dont nous avons conservé la trace mais il est commun que les spectateurs, trompés par les proportions et les perspectives exagèrent la taille des marionnettes.

          La scène est généralement découpée par cinq plans en légers gradins, le plan le plus bas étant en avant-scène. A chaque niveau, une glissière traverse la scène et va permettre le passage des personnages. Les marionnettes sont de tailles différentes selon le plan sur lequel elles évoluent afin de donner un effet de perspective. Au premier plan, les marionnettes mesurent environ soixante dix centimètres de hauteur et celles qui agissent en fond de scène vingt centimètres seulement. Les têtes et les mains sont souvent en cire, mais parfois aussi en plâtre, en bois ou en liège. La glissière et le socle de la marionnette sont cachés, les pieds de chaque personnage effleurant le niveau de la scène. L'animation de la marionnette se fait par l'intermédiaire d'un mécanisme interne à la poupée et actionné par en dessous. Bras, jambes, bouches sont mis en mouvement par l'intermédiaire de ressorts mus avec de fines cordes en boyaux, reliées aux mains du manipulateur par des anneaux, parfois grâce à des touches. G Arnaud D'Agnel et Léopold Dor (Noël en Provence,  éditions Jeanne Laffitte, Marseille, 1975) complètent cette description technique.

          Dans les années où se prépare et s'installe la Révolution Française, ces crèches deviennent à Marseille une spécialité locale. Le "Journal de Provence" du 23 décembre 1786 annonce que "Le sieur Alphan, exposera sa crèche déjà applaudie l'année dernière".

          De 1785 à 1788, un concurrent s'installe rue Poids-de-la-Farine avant de transplanter, l'année suivante, son matériel rue d'Aubagne. De 1789 à 1791, une crèche fonctionne toujours, rue Poids-de-la-Farine sous la direction de Marigni. Rue Pavillon, près du Théâtre des Variétés, débute en 1790 le "sieur Robin, méchanicien". Aucune mention dans la presse entre 1792 et 1797 : les crèches ont-elles disparues pendant une époque difficile,  ou le journal trouve-t-il bon ou prudent de n'en point parler ? (Source : Pierre Ripert Les origines de la crèche provençale et des santons populaires à Marseille. Tacussel éditeur 1975)

          Avec le Premier Empire, les crèches réapparaissent ou, du moins, se mettent de nouveau à donner signe de vie à l'historien. Les lieux de spectacles doivent faire l'objet d'une demande d'autorisation et les Archives Municipales conservent la trace des crèches de la période 1806-1812. Les documents insistent souvent sur la "bonne moralité du spectacle et des postulants" et ne donnent guère d'indication sur les moyens techniques mis en oeuvre. Pourtant, dans cette période, des transformations fondamentales s'opèrent. En 1808, le spectacle de François est une "pièce en vers ornée de chants". Mais, chez un concurrent, Plancard, on trouve des "statues mécanisées accompagnées de paroles" et le rapport de police joint à la demande décrit des "fantoccinis à fil de fer semblables à ceux que l'on fit voir l'an dernier au grand théâtre". Traduisons "fantoccinis à fil de fer" par "marionnettes à tringle". Il s'agit peut-être ici d'une influence italienne qui nous fait passer des marionnettes à glissière aux marionnettes à tringle.

La crèche parlante de Laurent

         En 1806, Jean-Dominique Laurent, 119 rue Sainte-Barbe, ouvre une crèche parlante dans cette même rue où nous avions vu apparaître, en 1785, la première crèche d'automates,  celle d'Alphan. Pour la première fois, la crèche s'est très nettement provençalisée.  Il en est sans doute de même dans les crèches voisines dont nous ne connaissons guère que les emplacements et les noms de leurs propriétaires : Guis, rue Sainte-Barbe, lui aussi ; Gay,  rue des Petites Maries ; Bosq, rue des Incurables; puis le même Bosq, associé à Silvy  jusqu'en 1830, date où celui-ci part à Aix continuer son activité.

          Chez Laurent, les personnages populaires, nombreux, s'expriment en provençal mais les personnages évangéliques, Joseph et Marie, les anges, emploient la langue nationale qui crée la distance et situe leur importance. L'ensemble manque peut-être de cohérence avec une suite de saynètes tournant autour d'un même thème. De petites scènes comiques assez gratuites, ponctuent le spectacle : le meunier blanc et le ramoneur noir se disputent,  se battent... et finissent uniformément gris ! Les anachronismes plus ou moins volontaires fourmillent : dans ces Nativités, on rencontre Napoléon, des vaisseaux de guerre saluant la naissance par des salves d'artillerie, le Pape Pie VII, en voyage à Paris. Celui-ci descendait de carrosse suivi des cardinaux ... mais c'est la Sainte Famille qui, respectueuse des usages, sans doute, venait se prosterner et recevoir la bénédiction !  Un abbé cherche à expliquer à Laurent qu'il n'y avait, à l'époque de la naissance de Jésus ni canon, ni pape. Laurent voulu bien corriger son spectacle et mit en scène Jean-Baptiste et Salomé qui en profita pour danser une gavotte directoire ! Mais si, dans ce cas, le burlesque était involontaire, il semble que certaines, crèches n'hésitaient pas à introduire une dose d'esprit clownesque situant le propos sur le terrain de la farce la plus lourde, à l'occasion scatologique.

          On faisait face, enfin, tant bien que mal, à des problèmes techniques. Dans Le Caducée (Souvenirs marseillais     , provençaux et autres. Imprimerie Marseillaise, 1882), Cauvière décrit une scène de la crèche Benoît :

"La saint Famille en fuite apparaît sur la scène :

- Joseph    (le bras armé d'un bâton)  Marie ... Marie ... courage !

- Marie     Joseph, la force m'abandonne ... Frappez à la porte voisine et demandez la "retirée" pour cette nuit.

- Joseph     Oui Marie. J'y cours. .. J'y cours ... j'y cours ... (Mais Joseph ne peut faire un pas. La rainure dans laquelle il doit manoeuvrer n'a pas été graissée, sans doute. Alors une grosse main sort de la coulisse, saisit Joseph aux genoux et l'entraîne vers une toile représentant une maison". (Dialogue cité par A. Bouyala D'Arnaud, Santons et traditions de Noël en Provence. Tacussel éditeur, 1975)

          Notons donc que, malgré quelques interruptions, les crèches sont toujours nombreuses à Marseille pendant le XIXe siècle. Outre celles que nous avons citées, on en rencontre en 1789, déjà, à la porte de Rome, dans le local dit du Poids-de-la-Farine et une autre, dirigée par Madame Payan, place Lorette.

           La gazette du Midi en 1872 signale une crèche parlante à la rue des Feuillants dirigée par Laurent et Bourges. La crèche Bosq est installée vers 1830 rue des Incurables puis rue Dauphine, rue Pavillon, rue Thubaneau, et enfin rue des Convalescents. En 1846, la Crèche des Deux Amis joue rue Pavillon et brille par ses décors, ses danses, ses réparties plaisantes en provençal. On trouvera cette crèche vers 1869 rue Sainte, dans une salle bien aménagée où elle semble rechercher le public de la "bonne société". En 1853, la presse parle des cent personnages de la Crèche de l'Union, au 21 du boulevard du Musée.  Vers 1875 la presse mentionne le succès des crèches comme celle de la Renaissance fondée par Jourdan, rue des Petits Pères. Elle déménagera en 1879 rue Tapis-Vert mais sera rapidement délaissée. Dans cette "tradition" il semble toutefois que c'est la nouveauté qui crée un mouvement du public, rapide comme un effet de mode. Le Théâtre des Récréations Enfantines est fondé en 1877 au 53 rue de la Moutaux.  A défaut de produire du neuf, certains théâtres vont  peut-être chercher un public nouveau dans un autre quartier. La Crèche de Lombarde, en 1872, ouvre, place des Capucines. En 1889, celle de Louis Foucard attire l'attention de la presse grâce à son caractère provençal marqué et ses beaux décors. La  fin du XIXe siècle va constituer la fin d'une époque ...

Une représentation à Aix

          Entre Aix et Marseille, une circulation permanente s'établit. Les montreurs de marionnettes avec leur matériel transplantent leur activité  éventuellement après leur séparation avec un associé. Un étudiant lyonnais à Aix, en 1834, décrit ainsi le spectacle : "... la Sainte-Vierge,  l'Enfant-Jésus, les bergères, tous habillés à la provençale se mirent à dialoguer dans une langue qui comme le costume était un défi à la couleur locale : ce sont les bergers qui chantent des Noëls en l'honneur de l'Homme-Dieu, qui s'engagent à venir réciproquement offrir leurs hommages au berceau divin, ici des domestiques, plus loin des laboureurs, là des femmes, ailleurs des pêcheurs (ce qui est un prétexte pour que le décor montre la mer et des vaisseaux) s'invitant successivement à suivre l'appel de l'Ange, et chaque fois un Noël est chanté, poésie bien humble, privée de toute couleur locale, mais naïve et sincère.  Dans cette poésie populaire, Saint Joseph est appelé "Mousu", la Sainte Vierge "Madame", et l'Enfant-Jésus "Dauphin". Les hauts personnages parlent français, tels les Rois Mages,  dans une langue ampoulée et comique, déploraient le crime d'Adam qui perdit l'univers en mordant la pomme !  Enfin le spectacle se termina par la bénédiction de l'Enfant-Jésus qui se leva et parla,  bien qu'il vient de naître !" (Témoignage cité par Latreille Le Romantisme en Provence  Aix,  Dragon éditions, 1914).

           A Aix, nous retrouvons ce mouvement perpétuel, d'une rue à l'autre, d'un propriétaire à l'autre. Vers 1830, Silvy s'installe rue de la Pureté et cet ancien associé de Boscq remplit,  rapidement sa salle.  En 1886, Botoux va continuer avec le même matériel mais en soignant les décors. Il déménage rue du Louvre, puis vend son matériel à Jean-Baptiste Truphème ... qui déménage rue des Jardins en 1840. Lui aussi soigne les décors, en commande à un peintre. Vers 1845, le théâtre est vendu aux frères Benoit, tourneurs et rempailleurs de chaises ... qui déménagent à leur tour dans l'ancienne chapelle des Carmes où ils vont jouer jusqu'en 1857. Benoît part triompher à Marseille puis rentre à Aix en 1860,  rue Saint-Sépulcre. C'est le succès de nouveau, grâce à des perfectionnements,  jusqu'en 1870 et la guerre.

           En 1872, réinstallation dans l'ancienne chapelle des Carmes jusqu'en 1889 où le matériel est vendu à un groupe de Provençaux militants dirigé par l'abbé Dubourg : elle devient crèche Seyvoz du nom de son nouveau directeur. A sa mort en 1894, ce groupe deviendra "Le Spectacle Aixois", rachètera du matériel, mais le nouveau directeur ne fera plus guère de recette.  Nous sommes déjà à l'époque où une tradition périclite et où des sociétés tentent, difficilement, de la faire survivre. La crèche part à Marseille ... où n'est plus le salut ... et rentre à Aix. La crèche a maintenant un ennemi diabolique : le cinéma !

Passons sur de nombreuses autres crèches pour ne dire qu'un mot de la crèche Notre- Dame des Anges de l'abbé Tardif et de Bonnaud qui vont faire sensation, pendant peu de temps, avec des marionnettes à fils. Notons enfin que, pendant cette période où les crèches luttent contre les distractions nouvelles, de nombreux prêtres soutiennent leur combat.

          Toulon eut aussi ses crèches parlantes qui semblent avoir eu un public très populaire, celui des marins,  ce qui ne fut pas sans marquer fortement leur style : Pommet, 80 rue d'Orléans, en 1860, ses fils, en 1855 au 52 rue de la Pomme de Pin, le père Raibaud en 1852, place Saint-Pierre et qui tiendra jusqu'en 1870. Mais à Toulon, point d'abbé pour soutenir la résistance des crèches à la fin du XIXe siècle !

          Rappelons, enfin, que le spectacle donne une place importante à la langue provençale. Pierre Ripert, notre source essentielle, le note clairement (Op. cit.) : " Les paroles et les dialogues de simples acteurs étaient en langue provençale, mais les grands personnages, les Anges et la Sainte Vierge s'exprimaient en français".  Aujourd'hui, encore, sur la scène du TLR, la réplique inattendue, en picard, d'un ange francophone agacé, surprend… et fait donc rire !

Plus de détails sur les crèches animées du reste des autres provinces.

http://www.theatre-louis-richard.com/spectacles/nativite.html

La créche parlante du musée du vieil-Aix

La créche parlante.

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