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Lou plesi de canta n'en Prouvençau


... Les secrets des noms de rue d'Aix

Publié par Chorale ACANTARI sur 11 Février 2013, 14:30pm

Catégories : #histoire

Les noms de rue de la cité du roi René se distinguent par la prépondérance de certains thèmes, qui révèlent quelques penchants de sa personnalité profonde, mais aussi l'image qu'elle veut donner d'elle-même.

La défense du provençal

Aix ne s'appelle pas "en Provence" pour rien. Plus que d'autres, la ville honore sa langue et sa culture, fussent-elles qualifiées de "régionales" par les caprices de l'histoire et de la politique. Ici, nulle honte à son endroit, au contraire. Deux signes, parmi d'autres, en témoignent.

D'abord, la place réservée aux auteurs provençaux. Une trentaine d'entre eux disposent d'une plaque à leur nom, ce qui est très significatif. A tout seigneur tout honneur, Mistral, Prix Nobel de littérature en 1904 pour une oeuvre écrite en provençal, est même distingué trois fois (une avenue, une rue, une impasse). Le fondateur du félibrige, ce mouvement de renaissance d'une langue alors méprisée, est accompagné d'autres auteurs des XIXe et XXe siècles: Roumanille, son maître, mais aussi Rieu, Gaut, Jouveau, d'Arbaud ou Durand. Quelques-uns de ses prédécesseurs n'ont pas été oubliés, comme Brueys, d'Astros ou Maurel.

Par ailleurs, à Aix, un certain nombre de noms sont écrits uniquement en langue régionale (rues Camin-d'Oc, Boueno-Carriero ou Esquicho-Coude, allée Lei-Perdigau, chemin de Plumo-Gau). D'autres ont subi une légère francisation, comme la place des Fontètes (petites sources) ou encore le chemin de la Blaque (petit bois de chênes). De plus, à l'initiative d'un ancien maire, Jean-Pierre de Peretti (UDF, 1983-1989), certaines appellations ont été traduites en provençal (rue de la Masse/carriero de la Masso; place des Prêcheurs/plaço dei Precadou). Cet élu a également souhaité rappeler l'ancien toponyme de certaines voies: rue Méjanes/anciano carriero de la Saunarié; rue d'Italie/anciano carriero de la pouerto Sant-Jan; place Forbin/anciano plaço dei Carmelito... Aucun de ses successeurs, qu'il s'agisse de Jean-François Picheral (PS, 1989-2001) ou de Maryse Joissains (UMP, depuis 2001), n'a toutefois poursuivi sa politique. "Les défenseurs de la langue d'oc eux-mêmes ont estimé que toutes les plaques qui méritaient une double appellation dans le centre ancien avaient été traitées, explique l'ancien maire socialiste. Et je ne voyais pas l'intérêt de donner des noms provençaux en périphérie."

Le droit à l'honneur

La ville n'a pas été en vain le siège du parlement et de la chambre des comptes de Provence. Plusieurs grands personnages de ces deux institutions prestigieuses ont laissé leur nom à des artères de la ville. Palamède de Forbin, président de la chambre des comptes et gouverneur de la Provence après la cession de la région à Louis XI, a ainsi droit à une place de dimensions, certes, modestes, mais située au sommet du cours Mirabeau. Comme un symbole, les deux rues qui encadrent l'actuel palais de justice ont pour "patrons" des personnalités relevant de cet univers: Nicolas-Claude Fabri de Peyresc, grand humaniste à l'esprit encyclopédique, par ailleurs conseiller au parlement de Provence au début du XVIIe siècle, et Ripert de Monclar, procureur général du parlement à partir de 1732. On doit également citer ici Portalis, avocat aixois qui devint le principal rédacteur du Code civil voulu par Napoléon Ier, mais aussi Fabrot, jurisconsulte né à Aix en 1580, Cabassol, qui fut à la fois maire et avocat, ou, plus récemment, Filippi, ténor du barreau mort en 1976, ou encore l'ancien procureur général Beljean.

La culture, oui, mais locale

Aix se targue d'être une grande ville culturelle. Cette réputation n'est pas usurpée, mais doit être nuancée, comme le révèle sa toponymie. D'un côté, un quart des noms de rue de la ville dédiées à des personnes sont ceux d'artistes, ce qui est considérable. Mais la plupart d'entre eux sont originaires de la ville, y ont vécu ou s'y sont intéressés, ce qui révèle un penchant pour le localisme contraire à l'ouverture au monde dont est théoriquement synonyme la culture.

Ainsi, parmi les peintres et les sculpteurs disposant d'une plaque à Aix, seuls Picasso, Vinci et Camille Claudel sont honorés pour leur seule oeuvre. Tous les autres disposent d'un ancrage aixois: Cézanne, évidemment, mais aussi Granet, Constantin, Gautier, Loubon, Guigou, Villevieille, Emperaire, Truphème, Ravaisou, Niollon, Pontier, Solari et Ramus. Pour le reste, nulle trace de Monet, de Manet, d'Ingres, de Watteau, de Bacon, de Klimt ou de Van Gogh, pour n'en citer que quelques-uns...

Il en va de même pour la musique. Des compositeurs aixois comme Milhaud, David, Poncet ou le chanteur Legros ont droit à une rue. A l'inverse, malgré son prestigieux festival, la ville ignore curieusement Puccini, Rossini, Wagner, Haendel ou Rameau, notamment. Seuls Debussy, Verdi et Mozart ont échappé au couperet. Encore ce dernier a-t-il dû attendre l'année 1996, soit près d'un demi-siècle après le début du festival.

La littérature suit le même principe. Quelques grands écrivains n'ayant aucun rapport avec la ville sont certes présents (Villon, La Fontaine, Mme de Sévigné, Hugo, France, Bourget, Cendrars, Verne, Barbusse, Rolland, Eluard, Saint-Exupéry et Camus). Mais ils se retrouvent surtout dans les quartiers périphériques. On ne trouve, en revanche, pas trace de Corneille, de Racine, de Molière, de Proust, de Flaubert ou de Stendhal, sans même évoquer les étrangers. Au contraire, les auteurs aixois sont légion, qu'ils aient écrit en provençal ou en français. Zola, bien sûr, mais aussi Gasquet, Signoret, Alexis, Lunel ou Provence, à la notoriété moins bien établie. Les autres auteurs retenus ont tous un lien plus ou moins direct avec la ville. Giono et Pagnol choisirent la Provence pour source d'inspiration. Pétrarque y effectua plusieurs séjours. Saint-John Perse et Malherbe résidèrent à Aix. Germain Nouveau y suivit ses études. Les philosophes Maurice Blondel et Gaston Berger y enseignèrent. Jean-Louis Vaudoyer écrivit sur la Provence et les peintres provençaux. Emile Henriot consacra de nombreuses pages à la ville...

Par Bouvier Jean-Claude, publié le

 

 

 

... Les secrets des noms de rue d'Aix
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evelyne Sevin 14/02/2013 19:00

Il existe un livre sur les rue d'Aix: LES RUES D'AIX ,Recherches Historiques Sur l'Ancienne CAPITALE DE LA PROVENCE, par ROUX-ALPHERAN aux presses du Languedoc
conforme à l'édition de1846, retrace l'histirique des rues du vieil Aix ,avec des illustrations et des plans de la ville de 1447, 1593, 1741.
Trés sympa à lire.
Evelyne S

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