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ACANTARI

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Lou plesi de canta n'en Prouvençau


Crimes et châtiments....à Aix

Publié par Chorale ACANTARI sur 14 Avril 2013, 14:38pm

Catégories : #Histoire

Les grandes affaires du parlement de Provence

Le parlement de Provence fut institué à Aix par un édit royal de 1501. Cour dite souveraine, il se trouvait au sommet de l’appareil judiciaire. Juridiction d’appel, le parlement jugeait aussi en première instance certaines affaires particulières, à résonance politique ou religieuse.
Les parlementaires aixois étaient donc amenés à trancher les affaires les plus délicates et les plus sensibles, au premier rang desquelles les affaires de sorcellerie et celles impliquant les hautes sphères de la société, comme l’illustre l’affaire du marquis d’Entrecasteaux.
Les affaires de sorcellerie ou de mœurs, où le sexe et la religion font si mauvais et bruyant ménage, ont particulièrement ému l’opinion. Elles pouvaient aussi avoir un retentissement politique comme l’affaire Louis Gaufridy qui se déroule en pleine Contre-Réforme.
La justice pénale d’Ancien Régime apparaît également comme une justice d’une incroyable sévérité, qui recourt plus volontiers à l’exécution capitale qu’à l’emprisonnement : le brigand Gaspard de Besse est supplicié impitoyablement pour de simples vols, Louis Gaufridy est, en 1611, condamné au bûcher.
Le parlement de Provence, comme toutes les cours souveraines d’Ancien Régime, fut définitivement supprimé par la Constituante en septembre 1790. La cour d’appel qui lui succéda sous l’Empire devait s’installer dans un palais de justice construit à l’emplacement de l’ancien hôtel du Parlement.

Louis Gaufridy, curé des Accoules (1611)

Curé de la paroisse des Accoules à Marseille au début du XVIIe siècle, le père Gaufridy était un homme affable et spirituel mais dont les relations avec les femmes faisaient jaser.
Il était le confesseur des Demandolx, famille de la noblesse marseillaise, et notamment de leur fille, la toute jeune Madeleine. Placée chez les Ursulines d’Aix, celle-ci a vite montré les signes d’un comportement hystérique. Elle se disait habitée par les diables et accusait Louis Gaufridy de l’avoir ensorcelée, provoquant ainsi le plus grand désordre dans son couvent.
Le grand inquisiteur de la foi en Avignon, Sébastien de Michaëlis, s’est saisi de l’affaire et a organisé à la Sainte-Baume des séances d’exorcisme spectaculaires, en présence de Louis Gaufridy et devant une foule tous les jours plus nombreuse.
L’intervention du parlement de Provence a donné au scandale un tour résolument tragique. Accusé de rapt, séduction, impiété, magie, sorcellerie et autres abominations…, Gaufridy a été supplicié, puis brûlé vif en 1611 sur la place des Prêcheurs. Ses cendres ont ensuite été dispersées au vent.
A la suite de ce procès, une vague d’accusations de sorcellerie s’est répandue dans toute la région.

Le brigand Gaspard de Besse (1781)

Gaspard Bouis est né à Besse-sur-Issole en 1757, dans l’actuel département du Var. Il s’était engagé dans l’armée à la légère et, après avoir déserté, s’est caché avec quelques compagnons dans les bois et a commencé à vivre en attaquant les voitures qui passaient sur la grande route royale reliant Aix à l’Italie, entre Saint-Maximin et Brignoles.
Il a établi son quartier général dans les bois du Saint-Pilon, non loin de la Sainte-Baume. De là il organisait ses coups sur les environs, comme en 1779 où il a dépouillé les convives d’une fête donnée au château de Font-Blanche, sur la commune actuelle de Roquefort-la-Bédoule.
Dans toutes ses attaques, il procédait avec tact et courtoisie envers ses victimes, évitant de faire couler le sang. Généreux, il savait se ménager de nombreuses complicités, et il était assez aimé dans les campagnes.
Il a été arrêté par hasard en 1780 et transféré immédiatement pour jugement à Aix. Bien qu’il n’ait ni tué, ni même blessé personne, il a été condamné à mort en 1781 et rompu vif en place publique avec plusieurs de ses compagnons.
Parangon du bandit d’honneur, Gaspard de Besse a donné naissance à une véritable légende aux XIXe et XXe siècles et a inspiré en 1935 un film d’André Hugon avec Raimu.

L'affaire du marquis d'Entrecasteaux (1785)

Le lundi 31 mai 1784, au petit matin, la marquise d’Entrecasteaux, femme d’un président à mortier du parlement de Provence, était découverte assassinée dans sa chambre, la gorge tranchée à coups de rasoir.
Son mari, le marquis de Bruny d’Entrecasteaux, 26 ans au moment des faits, avait une maîtresse et ses relations avec son épouse s’étaient détériorées. Rapidement suspecté, il s’enfuit précipitamment, avec l’aide de sa famille. L’enquête a montré que la marquise d’Entrecasteaux avait déjà été victime d’une grossière tentative d’empoisonnement.
Le scandale était à la mesure de la qualité du prévenu, parlementaire issu d’une grande famille de l’aristocratie provençale. L’affaire était très embarrassante et elle fut conduite par le parlement avec un grand luxe de précautions pour éviter toute fuite : mise de barreaux aux fenêtres, usage d’un coffre fort et confection d’une boîte spéciale en fer blanc pour recevoir les pièces de procédure.
Le marquis d’Entrecasteaux a réussi à atteindre le Portugal, où il a été très vite arrêté. Il a été condamné par contumace à être rompu vif et a finalement trouvé la mort dans les geôles portugaises en 1785, des suites d’une mauvaise fièvre.

La justice gardienne de l'ordre politique et social

Au XIXe siècle, la justice joue un rôle politique important dans la surveillance des hommes et des opinions. Au service du maintien de l’ordre public et social, les magistrats, du siège comme du parquet, secondent un pouvoir exécutif qui, jusqu’à la fin des années 1870, parvient à retarder l’avènement d’un régime démocratique et républicain : ils censurent la presse et condamnent les Communards.
Une fois la République établie, la magistrature, épurée et largement renouvelée, n’en poursuit pas moins les tenants du socialisme révolutionnaire et de l’anarchisme.
Durant l’entre-deux-guerres, l’internationalisation du mouvement révolutionnaire et le développement d’un terrorisme international continuent d’influer sur l’activité des tribunaux pénaux : surveillance policière et répression judiciaire visent les militants communistes et syndicalistes. Force est de constater que l’efficacité de l’appareil judiciaire face à l’activisme d’extrême droite est de moindre niveau, comme l’illustre le procès des assassins du roi de Yougoslavie et de Louis Barthou, ministre français des affaires étrangères (1934-1936).

L'assassinat du roi de Yougoslavie (1934)

Alexandre Ier de Yougoslavie était le roi serbe d’un jeune royaume composite, créé par le traité de Versailles. Sa répression du particularisme croate se heurtait à une vive opposition, dont la fraction la plus extrémiste s’incarna dans un mouvement terroriste, l’Oustacha, soutenu par l’Allemagne d’Hitler et l’Italie de Mussolini.
Le roi se savait menacé de mort lorsqu’il décida de se rendre en visite officielle en France.
Arrivé à Marseille par bateau, il est pourtant monté à bord d’une voiture décapotable pour se rendre à la préfecture, en compagnie de Louis Barthou, ministre des Affaires Étrangères. Au niveau de la place de la Bourse, un homme s’est détaché de la foule et a tiré.
Le roi est mort à son arrivée à la préfecture ; Barthou, quant à lui, est décédé dans la journée à l’Hôtel-Dieu. L’assassin, Kelemen, a été blessé par la foule et est mort dans les locaux de la Sûreté où il avait été transféré.
L’instruction et le procès se sont déroulés dans un climat intérieur et international extrêmement tendu. Le gouvernement ne voulait à aucun prix mettre en cause l’Allemagne ou l’Italie, qui protégeaient le mouvement terroriste. La justice ne s’attacha donc qu’à traquer les complices directs. Les trois oustachis ont été condamnés en 1936 aux travaux forcés à perpétuité à l’issue d’un procès aussi houleux qu’interminable, et qui rejaillit au surplus défavorablement sur l’image de marque de Marseille, alors déchirée par une grave crise municipale.

Justice et société, les grands faits divers du XXe siècle

La chronique judiciaire aixoise au XXe siècle est jalonnée de faits divers retentissants qui ont trouvé dans toute la société française un écho sans précédent, en partie du fait du développement des mass-médias qui permet de livrer l’assassin ou le suspect à la curiosité et à la vindicte publiques, à peine le crime connu.
Le XXe siècle est donc celui des procès-spectacles qui alimentent les discussions et les imaginaires des années après les faits, l’intérêt étant sans cesse renouvelé par la production littéraire ou cinématographique, depuis le Trio infernal pour l’affaire Sarret jusqu’au Pull-over rouge de Gilles Perrault pour l’affaire Ranucci.
Mais toutes les affaires criminelles ne deviennent pas célèbres. Il faut pour cela un élément déclenchant les fantasmes, catalysant l’intérêt. Dans l’affaire Dominici, par exemple, c’est la rencontre brutale de deux mondes, la société rurale des Basses-Alpes, si souvent dépeinte par Giono, et le monde de la ville qu’incarnent les hommes de la police judiciaire de Marseille.
Enfin, le XXe siècle est celui de l’abolition de la peine de mort et certaines de ces grandes affaires sont aussi les dernières où le sang de l’accusé a coulé : Sarret est le dernier homme exécuté publiquement à Aix-en-Provence, de même que Ranucci sera un des derniers guillotinés et restera comme un symbole pour les abolitionnistes.

L'affaire Sarret (1934)

Le 10 avril 1934 avait lieu à Aix-en-Provence la dernière exécution publique de la ville. Ce jour-là, en effet, Georges Sarrejani dit Sarret était guillotiné devant la porte de la prison aixoise.
Cet avocat-conseil avait commis entre 1925 et 1931 plusieurs crimes et escroqueries particulièrement sordides, avec la complicité de sa maîtresse, Catherine Schmidt, et de la sœur de celle-ci, Philomène.
Sarret repérait des personnes fragiles, sans famille ou amis proches, dont la disparition pouvait passer inaperçue.
Ainsi, en 1925, a-t-il tué dans une villa isolée d’Aix-en-Provence un couple rencontré quelques temps auparavant, M. Chambon et sa compagne. Après avoir fait disparaître les corps en les plongeant dans une baignoire emplie d’acide sulfurique, il a détourné leur argent grâce à une fausse procuration. Quelques années plus tard, en 1931, il a empoisonné une jeune tuberculeuse sans famille, Magali Herbin, puis fait passer Catherine Schmidt, sur laquelle il avait contracté une assurance-vie, pour la morte.
Arrêté en 1931, Sarret a été condamné à mort et les sœurs Schmidt ont écopé de 10 ans de réclusion. Le procès a consacré la célébrité du petit Landru aixois, suffisamment durable pour que le cinéaste Francis Girod en tire, plusieurs décennies plus tard, un film interprété par Michel Piccoli, Romy Schneider et Andréa Ferréol, Le Trio infernal.

L'affaire Dominici (1952)

Au terme de deux années riches en rebondissements, le 28 novembre 1954, la cour d’assises de Digne a rendu le verdict que la France attendait avec impatience : Gaston Dominici était condamné à mort pour le triple meurtre de la famille Drummond, un couple d’Anglais et leur fillette. Rarement, en effet, une affaire criminelle avait engendré autant d’affrontements passionnels entre partisans de la culpabilité ou de l’innocence du patriarche de la Grand’Terre.
Que s’est-il passé dans la nuit du 4 au 5 août 1952, au bord de la nationale 96, à une centaine de mètres de la ferme des Dominici ? Le rapport de gendarmerie du 5 août était laconique : Trois cadavres ont été découverts ce jour vers six heures du matin sur le territoire de la commune de Lurs. Les victimes (un homme, deux femmes) ont été tuées par arme à feu. Aucun papier d’identité n’a été trouvé sur eux. Une voiture de marque anglaise se trouve à proximité.
Le crime avait eu lieu dans le ressort de la cour d’appel d’Aix-en-Provence et l’affaire a été confiée au SRPJ (Service Régional de la Police Judiciaire) de Marseille. Le fils de Gaston Dominici, Gustave, inculpé de non-assistance à personne en danger dans les premiers temps de l’enquête, a d’ailleurs été traduit pour ces faits devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence, après un premier jugement du tribunal correctionnel de Digne.
Condamné à la réclusion perpétuelle à perpétuité puis gracié par le général de Gaulle, Gaston Dominici est mort à Digne en 1965.

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