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ACANTARI

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Lou plesi de canta n'en Prouvençau


I JOUINE FELIBRE MORT A LA GUERRO

Publié par Chorale ACANTARI sur 11 Novembre 2015, 06:41am

Catégories : #Histoire

On sait combien les injustes accusations lancées contre le XV° Corps touchèrent les Provençaux. Il s'agissait de couvrir les faiblesses de l'état-major et, par une manoeuvre savante, de porter un coup à Clemenceau, sénateur du Var, élu incommode d'un peuple sans courage. Marius Jouveau rappelle que les félibres de l'aimable Provence n'ont pas été les derniers à verser leur sang.

 

 

L'aubre èro bèu, e branquejavo;

Lou pège èro fièr di cepoun;

E, quand lou clar soulèu rajavo,

Ero uno roio de cansoun

Dins touto la fougouso ramo.

L'aubre èro bèu : avié milo amo.

 

Mai soun vengu de malandrin

Arma de poudadouiro e d'aisso;

E l'aubre es aro chapla prim...

Lou pège es mourtinèu, e laisso

Raia sa pauro sabo en plour.

Bôchi, i'avès pres sa belour !

 

Soun daia, li cepoun de noste Felibrige

Que pourtavon l'espèr di nôvi flouresoun...

Bourroun sacra, grèu benesi, lou negre aurige

Vous a desverdega qu'avias pas fa sesoun !

 

E nàutri, lis einat qu'amavian tant li jouve

Pèr sa fogo jouiouso e soun franc estrambord,

Vous plouran... Sian lou pège esbranda dou grand rouve

Qu'aurias vougu plus grand encaro, o nôsti Mort !

Mai pamèns, - Fau qu'acô se digue, -

Voulèn pas que s'anequeligue

L'aubre qu'a douna tant d'eros;

Car s'ansin fasian pèr desfeci

Escaparias de vosti cros

Pèr veni nous crida : Sias nèsci !

 

Parai, de Mourgo, fier baroun

Qu'en Velai aviès terro drudo;

E tu, Peyron, qu'à Lamanoun

T'agradaves i soulitudo;

E tu, Filhou, bèu clapassié

Cantant Mount-Pelié de-countùnio;

E tu, Tavan, qu'en tu neissié

L'amour d'Anfos pèr Font-Segugno;

E tu, Pouzol, vilo-nouven fou de soulèu,

 

N'aviès bèn tant begu qu'aviès uno cantagno

Que rèn poudié jamai alassa); que lèu-lèu

Nous vendrias demanda resoun de nôsti lagno ?

Plouran, vuei ! Mai cregniguès pas

Que la doulour siègue flaquiero,

Bravi jouvènt que sias toumba

E dourmès vuei vers la frontiero.

 

L'aubre de nèsti Dre majour, lou mantendren :

Dis Aliscamp, veirès que reprendra belôri...

E, quitant de gemi, Mort ama, cantaren

E vosti noum e vosto glôri !

La Flour au Casco                                                          

Marius Jouveau

 

Pouesio de guerro, Avignoun, J. Roumanille, 1919, pp. 151-153.

 

 

 

 

 

Traduction.

Aux jeunes félibres morts à la guerre. L'arbre était beau, et il étendait ses branches; Le tronc était fier des maîtresses branches;

Et, quand le clair soleil rayonnait, C'était une débauche de chansons Dans toute la ramée touffue.

L'arbre était beau : il avait mille âmes. Mais sont venus des malandrins Armés de serpes et de haches;

Et l'arbre est maintenant haché menu... Le tronc est dépéri, et il laisse

Couler sa pauvre sève en pleurs. Boches, vous lui avez pris sa beauté ! Ils sont fauchés, les soutiens de notre Félibrige

Qui portaient l'espoir des floraisons nouvelles... Bourgeons sacrés, pousses bénies, la noire bourrasque Vous a prématurément tranchés alors que vous n'aviez pas fait votre temps !

Et nous, les aînés qui aimions tant les jeunes

Pour leur fougue joyeuse et leur franc enthousiasme,

Nous vous pleurons... Nous sommes le tronc ébranlé du grand chêne Que vous auriez voulu encore plus grand, ô nos Morts !

Mais cependant, II faut que cela se dise, - Nous ne voulons pas que périsse

L'arbre qui a donné tant de héros;

Car si nous faisions ainsi par langueur Vous sortiriez de vos tombeaux

Pour venir nous crier : Vous êtes fous ! N'est-il pas vrai, de Mourgues, fier baron Qui en Velay avais de riches terres;

Et toi, Peyron, qui à Lamanon Te complaisais aux solitudes; Et toi, Filhol, bel enfant du Clapas, Chantant sans cesse Montpellier; Et toi, Tavan, en qui renaissait L'amour d'Alphonse pour Font-Ségugne.

Et toi, Plouzol, de Villeneuve (-lez-Avignon) qui étais fou de soleil (Tu en avais tellement bu que tu avais un besoin de chanter

Que rien ne pouvait jamais lasser); que vite, vite,

Vous viendriez nous demander raison de nos abattements ? Nous pleurons, aujourd'hui ! Mais ne craignez pas Que la douleur soit l'affaissement,

Braves jeunes hommes qui êtes tombés Et dormez maintenant vers la frontière. L'arbre de nos Droits majeurs; nous le maintiendrons : Des Aliscamps, vous verrez qu'il reprendra sa beauté... Et, cessant de gémir, Morts aimés, nous chanterons

Et vos noms et votre gloire !

(Traduction aimablement communiquée par M. Colotte, professeur à la Faculté des Lettres d'Aix.)

I  JOUINE FELIBRE MORT A LA GUERRO
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